STALINE

Pendant trente ans, de 1951 à 1981, j’ai exercé des responsabilités diverses au sein du Comité central (en qualité d’instructeur, de chef de secteur, de consultant, d’adjoint au chef de service). J’ai collaboré avec de nombreux dirigeants, comme Kroujkov, Roumiantsev, Kirilline, Ilytchev, Polikarpov, Chaouro;  dans le cadre de mes fonctions, j’ai eu affaire à quelques secrétaires du Comité central comme Malenkov*, Pospélov, Chepilov, Fourtsev, Demitchev, Zimianine. J’ai écrit  de nombreux rapports pour le secrétariat du Cc sur des sujets se rapportant à la littérature, j’ai assisté à la quasi totalité des réunions des instances dirigeantes du Cc du Parti communiste avec les écrivains, j’ai pris une part active dans la préparation des rapports du Cc et des discours des secrétaires lors des congrès du Parti, j’ai fait des conférences à l’étranger sur le thème des principes léninistes et de la gestion de la culture.

Je n’ai jamais rencontré Staline et je ne lui ai jamais parlé. Cependant, deux épisodes qui lui sont liés restent à jamais gravés dans ma mémoire.

Le premier s’est produit au début des années cinquante.

Un jour, N.Kroujkov, complètement affolé, m’ordonna de me rendre immédiatement chez Malenkov, la terreur de l’appareil tout entier. Malenkov fut très désagréable et me posa d’emblée cette question qui me laissa pantois : « Qu’est-ce que vous faites dans votre institut, vous ne vous êtes même pas rendu compte qu’on a falsifié les propos de Gorki sur Lénine. Allez voir ce qui se passe et faites-moi un rapport ».

Je me rendis à l’Institut de littérature universelle où l’on préparait pour les éditions d’Etat la publication du 17° volume des œuvres complètes de Gorki en trente tomes, volume qui contenait l’article de Gorki intitulé « V.I.Lénine.. »

Je réunis tous les employés des archives, et après avoir demandé qu’on m’apporte l’ancienne édition des oeuvres complètes de « Grouzdievsk », j’ai soigneusement confronté les deux textes, celui de l’essai sur Lénine déjà publié et celui qui était sorti dans la nouvelle édition en trente tomes. Je n’ai trouvé aucune différence entre les deux.

Je me dépêchai de rapporter à Malenkov que tout était en ordre et qu’il n’y avait aucune falsification ni déformation. Cet exposé mit littéralement Malenkov en rage: « Comment ça, aucune déformation ? Comment ça, tout est en ordre ? Le camarade Staline a dit que l’édition était falsifiée et dénaturée, et vous, vous  m’assurez que non, tout est en ordre, il n’y a pas de falsification et tout est parfait. Qui dois-je croire, vous ou Staline ? Il m’a déjà appelé deux fois pendant que vous lambiniez là-bas. Retournez-y et dites-moi quelles erreurs ont été laissées dans la nouvelle édition. Nous châtierons les coupables. »

« Camarade Malenkov, -demandai-je timidement-, de quoi s’agit-il, sur quoi portent ces  falsifications ? »

« Je ne sais pas, -grommela Malenkov-, ça a à voir avec la question juive. »

L’affaire devenait de plus en plus difficile. Il faut se rappeler cette époque pour comprendre à quel point l’accusation de « falsification de la question juive » était funeste.

Lénine, Gorki, la question juive !

Je suis retourné à l’Institut, j’ai de nouveau convoqué les employés des archives (sauf la directrice E. Rozmirovitch, une ex S-R poseuse de bombes qui s’était évanouie de peur) et nous avons de nouveau examiné l’essai de Gorki en partant de la fin, et en comparant les éditions. Nous avons travaillé longtemps avant de tomber sur un passage d’un volume publié à la fin des années vingt qui comportait de nombreuses corrections de la main de Gorki.

Parmi ces corrections figurait ce paragraphe souligné de la main de Gorki : « J’ai demandé à Lénine-raconte Gorki- si, comme je le pensais il éprouvait vraiment de la compassion pour les gens».

« Je plains ceux qui sont intelligents, nous n’en avons pas beaucoup chez nous. Nous sommes un peuple talentueux mais à l’esprit paresseux. Un Russe intelligent est presque toujours juif ou avec du sang juif dans les veines. »

C’est précisément dans cette rédaction qu’était publié l’essai, dans l’édition originale de 1924, dans le journal « Le Contemporain russe. »

Je pris les feuilles avec la correction de Gorki et les apportai à Malenkov.

« Et comment pouvez-vous savoir s’il s’agit d’une correction de Gorki ? »-me demanda-t-il plein de suspicion et de méfiance.

« Regardez, plus loin, les corrections faites de sa main ».

« Très bien. Vous voyez, jeune homme, souvenez-vous en et pour toujours : Staline ne fait jamais d’erreur. Vous pouvez disposer. »

Je me retrouvai sur la Place Rouge en plein désarroi. J’étais parfaitement au courant, d’un côté, de la vague d’antisémitisme* qui avait commencé à toucher de larges couches de la société soviétique.

Quand on m’appelait au téléphone, je décrochais en disant mon nom, « Tchernooutsan »-à quoi on me répondait avec crainte et embarras, « Ah, Tchernoutsman *» et on s’empressait de raccrocher. J’ai raconté cela de façon plus détaillée dans le chapitre sur Fadéïev et le cosmopolitisme.

D’un autre côté, ce qui rendait Staline  furieux, c’est que dans l’essai de Gorki ait été  supprimée non pas une opinion qui grandissait le peuple russe, mais au contraire une phrase incorrecte qui mettait en valeur les Juifs aux dépens du peuple russe. Où était la logique dans tout ça ?

C’est seulement bien plus tard, quand je me suis penché sur la littérature des années vingt que j’ai pu éclaircir certains aspects de la question.

 Quand l’essai de Gorki sur Lénine est sorti en 1924, il a été complètement anéanti par la critique, y compris au Politburo où siégeaient Staline, Trotski, Kamenev, Zinoviev et Boukharine.

Staline qui était chargé des questions nationales n’avait pu ignorer le caractère douteux des réflexions de Gorki sur ce sujet mais apparemment, il n’avait pas voulu ou ne s’était pas résolu à imposer son point de vue.

De plus, à cette époque, il n’était absolument pas reconnu en tant que théoricien.

D’ailleurs, au mois d’août de cette même année 1924, la « Pravda » avait publié un article de Trotski intitulé « Au sujet de Lénine : ce qui est vrai et ce qui est faux », dans lequel il démolissait grossièrement l’essai de Gorki sur Lénine, traitant Gorki de « calotin de la révolution » et ses jugements sur l’humanisme léniniste de « sentimentalisme petit-bourgeois et pharisien, dignes d’un maître d’école gavé des lettres de Lavrov ».*

Visiblement, Staline n’avait plus qu’un vague souvenir de tous ces faits quand trente ans plus tard,  il avait vu sur la table de Svetlana* les œuvres complètes de Gorki en 17 tomes, au sujet desquelles  elle avait fait une conférence consacrée à son activité de publiciste à mon séminaire de  l’Académie des sciences sociales. Sans approfondir le sujet, il s’était seulement intéressé aux changements apportés dans l’exemplaire qu’il avait lu et, après avoir vu les modifications, il était entré dans une fureur indescriptible et avait donné l’ordre de punir immédiatement toutes les canailles coupables.

Il régnait une grande confusion dans la conscience de cet homme que guidaient plus des questions de prestige que des questions de fond.

Par bonheur, le « coupable » était Gorki et il n’y eut pas de « châtiment ».

D’ailleurs, je ferai remarquer qu’environ un an avant cet événement, Staline avait ordonné de « traîner devant un tribunal » les rédacteurs Réguinine et autres qui avaient laissé, dans une des éditions de Démian Biedny* une dédicace non signée mais adressée à Staline et retirée plus tard des dernières éditions parues du vivant de Démian Biedny. On prépara dans l’urgence un « jugement criminel ».

J’émis le doute que Staline avait peut-être utilisé le mot « juger » dans un sens figuré, mais on me fit comprendre clairement qu’il exprimait toujours sa pensée et sa volonté avec la plus grande précision.

Je vérifiai l’énorme tome rassemblant les œuvres complètes de Démian Biedny, y compris ses écrits ultérieurs et avalai jusqu’à l’indigestion ce bousillage  de mauvais aloi.

Je ne sais pas s’il y eut un procès, mais tous les rédacteurs furent licenciés et deux d’entre eux firent un infarctus.

Tel était le règlement de comptes stalinien « rapide et sévère » pratiqué envers ceux qu’il jugeait coupables. Il n’y avait aucune place pour « un examen de la situation ».

L’autre rencontre avec Staline eut lieu au printemps 1952, quand furent examinées les candidatures pour le prix Staline au Politburo, et que durant deux heures j’écoutai les jugements et les réflexions relatives à des questions de littérature. Cette délibération avait un caractère extrêmement étrange.

Mais pour que ce qui suit soit bien clair, je dois me projeter dans le passé.

Selon une règle établie à cette époque, le comité Staline avec à sa tête N. Tikhonov* portait à la connaissance du Comité central et du gouvernement ses propositions et publiait la liste des candidats promis à une distinction.

Ensuite venaient les précisions et les propositions « en salle ». D’habitude, cela revenait à ajouter une liste supplémentaire signée par Tcharkviani, premier secrétaire du Comité central du parti communiste de Géorgie et proche ami de Béria.*

Cette fois encore, ce fut pareil.

Après avoir rendu hommage à la sagesse de la politique de Staline en faveur de l’épanouissement de la culture géorgienne, Tcharkviani se plaignit de la mémoire défectueuse du Comité Staline qui avait laissé passer deux monuments de la littérature.

Il s’agissait cette fois du récit de Tina Donchojvili, « la Gloire » et du roman de Beliashvili, « les Diablotins ».

La lettre arriva deux jours avant la séance du Politburo et je fus chargé par Kroujkov qui n’en menait pas large d’écrire la conclusion.

Je lus le récit de Tina Donchojvili et fus convaincu qu’il s’agissait d’une histoire faiblarde, didactique et insipide sur le plan artistique. Qu’elle pouvait à la rigueur être étudiée dans le cadre d’un séminaire pour écrivains débutants, mais pas au Comité du prix Staline.

En ce qui concerne le roman de Beliashvili, l’affaire prenait un tour plus complexe. C’était une œuvre écrite par un maître expérimenté, sûr de sa plume.  Cependant, par certains aspects, elle suscitait le doute et l’étonnement.

L’action se situait au XVIII° siècle et se déroulait de telle façon que dès qu’il y avait une bataille, les troupes russes soit détalaient, soit arrivaient avec du retard, laissant les Géorgiens seuls face à l’ennemi et livrés au bon vouloir du destin. Sans connaître l’histoire des relations russo-géorgiennes de cette époque, je doute qu’une œuvre pareille puisse contribuer à renforcer l’amitié entre les peuples russe et géorgien. C’est pourquoi j’ai jugé plus approprié de ne pas proposer cet ouvrage pour le prix Staline.

Kroujkov lut mes conclusions et se mit aussitôt à paniquer. « Tu comprends ce que tu as écrit ? Tcharkviani est un ami de Béria et la question a déjà certainement été discutée avec Staline ! 

-Mais je ne peux rien écrire d’autre. Si vous n’êtes pas d’accord avec mon avis, et que vous n’êtes pas capable de formuler le vôtre puisqu’il est impossible de lire deux livres en un jour, on n’a qu’à écrire sur le dossier : « Pour information » et je signerai moi-même, en qualité d’instructeur du Comité central. Je ne vois pas d’autre issue. »

A contre-cœur, Kroujkov se rangea à cette décision hautement risquée et compromettante. 

Au dernier moment apparut une autre difficulté. Cette année- là, la quantité d’œuvres à présenter était si importante (parmi elles se trouvait l’énorme roman de A.Oupit, « Lueur dans les nuées ») que Kroujkov qui devait prendre la parole comme co- rapporteur ne put en lire qu’une infime partie.

D’abord il me demanda de cocher en rouge les héros positifs et en noir, les héros négatifs. 

Mais il fut vite convaincu de l’inanité de cette idée. 

Il alla voir Poskrebyshev* pour le convaincre de me permettre d’assister à la séance du Politburo en tant qu’auditeur disponible, m’obligeant à me taire et en aucun cas à ne rentrer dans une polémique.

Quelques minutes plus tard, après que tous eurent pris place derrière leurs pupitres, les membres du Politburo apparurent, et soudain, comme une apparition sortie du mur, surgit Staline. Habitué à le voir de loin, des murs du Mausolée ou aux obsèques de Kalinine, la première chose qui me frappa fut la dissemblance parfaitement décevante avec les portraits que l’on voyait partout, dans les rues et dans les bureaux. C’était un homme parfaitement insignifiant et peu avenant, au visage grêlé par la petite vérole, avec une calvitie bien prononcée. Je me souviens que le contraste avec ses portraits majestueux avait produit sur moi un choc.

Mais Staline se mit à parler, et toute l’attention se concentra sur lui dans le désir de ne rien laisser passer, de ne pas rater une miette de sa géniale parole.

Il parla longtemps, sans s’appuyer à la tribune, en pressant sa pipe éteinte de sa main droite, la gauche pendouillant-du moins me sembla-t-il – comme un martinet.

Bien sûr je ne peux pas reproduire tout ce que Staline a dit mais je vais essayer de me souvenir des quelques moments qui sont tombés dans ma mémoire , des bribes de ce discours lent et songeur que tous écoutaient dans un silence tendu , rempli de l’attente fébrile des grandes découvertes.

Je ne me souviens pas de ce qui a été dit au début, mais subitement, d’une voix agacée il se mit à parler des Géorgiens et de la littérature géorgienne : « Pourquoi encore et encore, toujours et toujours, les Géorgiens, dit-il avec un léger accent. 

-Encore une trouvaille, les Russes décampent et les Géorgiens restent seuls sur le champ de bataille. Comme dans Lermontov, mais à l’envers. »*

A ces mots, Kroujkov me donna un coup de pied sous la table.

Je ne sais pas si Staline avait lu la note ni s’il avait lu le roman de Beliashvili. Mais la coïncidence était frappante.

Bien plus tard, j’ai appris que Staline était fâché contre les Géorgiens à cause de l’affaire des Mingréliens* et que Béria était tombé en disgrâce. En tout cas, il était assis, l’air renfrogné, les deux bras étendus sur la table. 

Puis Staline passa au sujet suivant, celui de la littérature des Tatars de Kazan,  sujet inattendu qui ne faisait pas partie de la liste. 

« Par exemple, vous avez Nidjmi et Boushirov (il voulait sans doute dire Nadjmi et Bashirov), vous les avez lus ? Camarade Tikhonov ? Fadeïev ? »

Un silence apeuré suivit. Il ne se tourna même pas vers Kroujkov, visiblement il ne s’attendait pas à une observation intéressante de sa part et ne le voyait même pas (bien que Kroujkov m’ait raconté qu’il avait présenté à Staline le premier tome de ses œuvres complètes et qu’il avait été « gratifié »   d’une audience particulière.)

« Les Tatars ont écrit de belles choses. Eux, il faut les encourager. »

Puis, après une petite pause, il changea brusquement de sujet. « Et pour quelle raison distinguons-nous seulement les écrivains et les artistes soviétiques ? »

 Visiblement, Staline avait complètement oublié -et personne ne se risqua à le lui rappeler-que le prix précédent avait été attribué à André S.* « Tout de même, nous sommes à la tête de la civilisation et du progrès ainsi que le disait Belinski, je ne me trompe pas, n’est-ce pas, camarade Kroujkov ? (donc, finalement, il se souvenait très bien de lui et l’avait remarqué.)

« Oui, c’est tout à fait ça, camarade Staline, répondit Kroujkov avec vivacité en sursautant sur son siège.

-Alors voyez-vous, continua Staline pensivement, il faut donc leur attribuer le prix.

-Mais camarade Staline, pour cette année tous les prix ont été attribués et la limite est atteinte » lança Malenkov du haut du Presidium. »

Et c’est alors que négligeant les mises en garde et les conseils de prudence de Kroujkov, je donnai la réplique à Malenkov :

« Mais non, pourquoi, nous disposons de quelques places encore vacantes. »

Malenkov piqua un fard, Kroujkov était en nage et là je compris que je devais m’attendre à un sérieux règlement de comptes et que je ne devais plus apparaître au Politburo. Dénoncer l’incompétence de Malenkov en présence de Staline lui-même, rien ne pouvait être plus séditieux.

Dans un article de Yu. Sharapov paru récemment, l’auteur raconte avec des larmes d’attendrissement mais aussi quelques réserves que Staline pouvait lire 400 à 500 pages par jour.

Bien sûr c’est beaucoup, si l’on prend en considération que le Staline des dernières années se consacrait surtout à l’activité politique et à la lecture de conférences. Mais le plus important, c’est que Staline n’avait aucun goût, qu’il était incapable de distinguer une œuvre authentiquement artistique d’une fumisterie de bas étage et qu’il tirait les citations dont il avait besoin des œuvres confirmées comme des œuvres de vulgarisation. La veille de son suicide, Fadeïev m’a raconté avec amertume qu’il était obligé par devoir d’approuver des textes nuls validés par Staline.

Cependant, Staline ne réagit pas à cet échange de répliques :

« D’autant plus, dit-il tranquillement… Hier, par exemple, j’ai lu le livre d’un Hongrois. Il montre très bien qu’il faut passer des parcelles individuelles à une économie collectiviste et non seulement il fait l’éloge de Rakosi*, mais encore il fait celui de notre pays. Le camarade pense juste. »

Deux jours plus tard, il fallut présenter au Politburo la nouvelle liste définitive dans laquelle devaient figurer des noms de Tatars facilement identifiables ainsi que celui du mystérieux hongrois. A propos, je rappelle que lors de cette même séance, le prix fut attribué au roman asthénique de Markov, « les Strogoff » ainsi qu’à une fumisterie de D. Eremine, dans laquelle tous les noms de localités étaient tronqués ce que les camarades italiens ont ensuite dénoncé avec indignation.

J’ai aussitôt interrogé le consultant de l’Union des écrivains pour la littérature hongroise pour connaître le nom d’une œuvre importante qui serait sortie en Hongrie ces dernières années. Après un temps de réflexion, il m’a cité le roman de T.Atsep, « Sous le soleil de la liberté », dont la traduction abrégée venait de sortir en russe .(en réalité, elle n’était pas encore sortie).

« Et de quoi parle ce roman ?

-De la libération de la Hongrie par l’Armée soviétique.

-Est-ce qu’il y a des paysans qui se battent en faveur de la collectivisation ?

-Il y a beaucoup de paysans. Sans aucun  doute. »

Le lendemain, alors que je rentrais chez moi avec la conscience du devoir accompli, j’ouvris l’album de « Novy Mir » pour l’année 1952 que je venais de recevoir t en parcourant les titres je remarquai un article de Nodia Sandor (un homonyme du célèbre leader) intitulé « la Réconciliation ». 

Le lendemain, j’apportai le journal à Malenkov. Il feuilleta les pages du récit avec colère et grommela : « Rédigez une note de présentation.

-Et Atsep, alors ? demandai-je désemparé.

-Ben quoi, Atsep ? On l’a déjà présenté et il est dans la liste. Ils n’ont qu’à y être tous les deux. »

Plus tard il s’avéra que le livre d’Atsep était violemment antisoviétique, qu’il présentait nos soldats comme des monstres et des pilleurs. Pendant les évènements de Hongrie, il s’enfuit en Occident avec son insigne de lauréat et il y demeure toujours.

En ce qui concerne Nodia Sandor, on ne trouve pas sa trace dans la littérature hongroise.

Notes

Gueorgui Malenkov (1901-1988). Après la mort de Jdanov en 1948, Malenkov devient la figure la plus importante de l’entourage de Staline. Après la mort de ce dernier il occupe les fonctions de Premier ministre et de Premier secrétaire du Parti. Il semblait désigné comme le  successeur de Staline. Lors du XIX°Congrès, Staline lui confie la lecture du rapport général.  Il a joué un rôle important dans les purges en Arménie et Il serait responsable de la mort de 150.OOO personnes.Il  fut accusé par Khrouchtchev d’avoir organisé la purge de Leningrad en 1949 et d’avoir participé au complot des « sans parti ».Il termina sa carrière comme directeur d’une usine électrique au Kazakhstan. 

Piotr Lavrov, exilé en France en 1870, auteur des « Lettres à Jules Hurot, » communard, enterré au cimetière du Montparnasse.

Nikolaï Tikhonov (1905-1997) responsable de l’administration culturelle et économique de l’Union soviétique, siège au Comité central.

Svetlana Allilouïeva(1926-2011),la fille de Staline née du second mariage du dictateur. Elle réclame l’asile politique à l’ambassade des Etats-Unis à New Delhi le 6 mars 1967. Après le suicide de sa mère, Nadejda Allilouïeva, Staline développa une haine antisémite pour la famille de sa seconde femme et inventa un scénario complotiste soi-disant dirigé par la  famille Allilouïev. 

Alexandre N. Poskrebyshev, (1891-1965), secrétaire particulier de Staline de 1929 jusqu’à la mort du dictateur.Révoqué par Staline qui soupçonnait son secrétaire d’être l’auteur d’une « fuite ».

Demian Bedny,(1883-1945), poète prolétaire , journaliste  suppôt du régime 

La vague d’antisémitisme : elle atteint son apogée à la fin des années 40 et au début des années 50. Parmi les actions anti-juives de Staline, les plus connues sont la liquidation du Comité anti-juif en 1947 et le procès des blouses blanches.

Tchernooutsan Igor Sergueïevitch, (1918-1990) : en réalité ce nom est une dérivation pour désigner « habitant de la ville de Tchernivits » région d’où était originaire cette famille.

Les personnes portant des noms juifs ou à consonnance vaguement  juive étaient particulièrement visées, d’où la crainte justifiée exprimée par l’auteur.

Matyas Rakosi, (1892-1971) secrétaire général du Parti communiste hongrois 

L’affaire des  Mingréliens, complot programmé par Staline pour se débarrasser de Beria, son bras droit, tortionnaire redouté, exécuté le 23 décembre 1953.

Allusion au poème de Mikhaïl Lermontov (1837) qui décrit la bataille de Borodino, bataille de l’invasion de la Russie par Napoléon et théâtre de la vaillance des soldats russes.

A.Stil, sans doute André Stil, écrivain communiste français, lauréat du prix Staline en 1952.